Ne
vous laissez pas effrayer par une affiche des plus angoissantes.
Julie Ferrier peut exposer beaucoup dautres charmes à
linstar de cette paire de lunettes ingrate et dune coupe
de cheveux résolument « vieille fille ». Vous
découvrirez avec surprise que cette fille-là a tout
dune grande. Mais une grande quoi ?
Une
grande girouette ? Une grande nunuche ? Non aucunement. Cest
à une grande actrice capable de se grimer et dinterpréter
une galerie de personnages inouïe que nous avons à
nous frotter. Dun coup de foulard rouge révolutionnaire
elle incarne une mère à deux doigts de létouffement
de larynx. Sidérant. Une grande comique aussi, au charme
tout aussi farouche quélémentaire. Une évidence
faite femme quil nous plaira de suivre au gré de
ses tribulations.
Autant
ne pas tourner autour du pot. Si certains comiques ont tendance
à exceller invariablement dans le même registre :
emphase et autorité pour lun ou humour en dessous
de la ceinture pour lautre, la palette de personnages quoffre
Julie Ferrier est digne dun Elie Kakou au féminin.
La référence nest pas anodine. Elle a, elle
aussi, dans son répertoire, une prof (de chant) avec des
tics de langage monstrueux, une maladresse attachante et une autorité
toute relative sur son auditoire. A ses côtés, la
caillera de banlieue, prénommée Juliette est une
petite fleur dénuée de poésie littéraire.
Julie Ferrier porte donc aussi bien le body moulant, que le survet
street wear, lanorak que la nuisette. Un grand écart
quelle assume, se jouant du désuvrement de
son public, voire de son dégoût. Il semblerait que
la metteuse en scène Isabelle Nanty se soit donnée
à cur joie pour puiser dans les atouts de cette fraîcheur
féminine. Assumant la transformation en pleine scène
et non pas derrière un rideau, cachée dans le noir.
Julie senlaidira en un quart de secondes ou gagnera en féminité
le temps dun dévoilement radical. Une prouesse visuelle
qui apporte tout crédit à la performance scénique.
Gageons
que la grande scène du Palais des Glaces guettera très
prochainement Julie Ferrier - par exemple, dès que les
prolongations d « Arrête de pleurer, Pénélope
» auront cessé - tant son énergie et sa belle
folie ont des chances de satisfaire le plus grand nombre. Profitez
donc bien de la banquette « casse-cul » du Petit Palais
qui offre à la fois complicité et sens de la débrouillardise
pour tirer parti dun lieu aussi exigu, pris entre deux escaliers,
car il vous faudra tôt ou tard une paire de jumelles pour
discerner toutes ses mimiques sur scène.
Alexandre
Simonet, www.theatre-enfants.com