Julie
Ferrier, on a envie de laimer... et elle dêtre
aimée. Occasion dune rencontre au goût de cornetto,
où le comique, en substance, nest heureusement pas
toujours la fin visée. Notre sympathie, en revanche, lui
est définitivement gagnée.
Rendre visite
à Julie Ferrier, cest un peu se gaver de madeleines
du souvenir. On écume [1] les scènes dune
vie... lado face à sa mère, face à
sa prof de musique [2]... , face à sa prof de danse, face
à elle-même quoique pas trop. Panoplie de caractères,
mélange de vérité et de caricature, mais
quest-ce quun caractère sil nest
pas un prisme, à la fois grossissant, déformant,
amusant. Certes, on ne tombe pas sous le choc devant loriginalité
de certains des choix de la comédienne. On peut même
sagacer de cet(te) éternel(le) banlieusard(e) qui
renvoie, dans lart comique actuel, à une figure imposée
du patinage artistique... au pire cest le gadin, au mieux
on frise lévocation inutile. Heureusement, lart
de la Ferrier a dautres astuces, loin de lartifice,
pour attiser le feu du sourire et du rire.
Son corps avant tout. Il est au centre de la performance de cette
polymorphe en diable, que neffraient pas les attifements
les plus improbables. Danseuse de formation (pas besoin de lire
sa bio pour sen rendre compte), Julie Ferrier manie avec
dérision "le dégagé" ; la pirouette
avec précision. Ses changements de costume sont autant
de changements dâmes, qui vous mènent à
sa suite, gaiement, comme dans un jardin denfants. Une pensée
particulière pour cette professeur des beaux-arts allemande,
à la pédagogie absconse, et qui se révèle
le personnage le plus déjanté de la panoplie julie-ferrière.
Son feutre noir ainsi ségare sur son visage, maculant
joues, front et menton pendant que le corps de la conférencière
tente de se libérer dune robe outrancière,
quun gouverneur de Virginie du Sud ne souffrirait pas deux
secondes, mais qui laisse les rangs de spectateurs pantois devant
laisance sans-gêne de la comédienne. Elle livre
son corps plus sûrement que la triste Lise Charmel celui
de ses mannequins.
Et Julie (prénom) Ferrier (nom) de boucler la boucle de
son spectacle, devrait-on dire la boucle spectaculaire, le zip
remonté jusquaux derniers crans, la tête cachée,
le corps enfoui, dans une doudoune bonhomme Michelin, même
pas gênée dans sa pose étriquée, mais
pudique quand même.
Christian
Lemonnier
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