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Résumé
:
1945. Claire, jeune infirmière, retrouve son mari Frank
Randall dans un village écossais pour une seconde lune
de miel - la première a été interrompue par
la guerre. Alors qu'elle se promène dans la lande, elle
découvre un ancien site mégalithique où les
villageoises se réunissent en secret pour célébrer
d'étranges rites. Fascinée, elle s'approche d'un
grand menhir fendu... et se volatilise. Quand elle reprend conscience,
elle est entourée d'hommes costumés qui se livrent
bataille. Et curieusement, l'un des combattants est le sosie de
son mari... A sa grande stupeur, elle comprend bientôt qu'elle
est propulsée... en l'an de grâce 1743 ! Période
troublée s'il en fut : I'Ecosse, occupée par les
Anglais, est à feu et à sang... Ainsi commence une
épopée sauvage et baroque où se mêlent
fantastique et histoire, action, amour et humour ... Titulaire
d'une maîtrise en biologie marine et d'un doctorat en écologie,
Diana Gabaldon a enseigné douze ans à l'université
avant de se consacrer à plein temps à l'écriture
romanesque alors qu'elle n'avait publié jusqu'alors que
des ouvrages de recherche. Dès sa parution aux Etats-Unis,
"Le chardon et le tartan", une immense saga dont voici
le premier tome, a été salué comme un chef-d'oeuvre
par les lecteurs et la critique.
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Extrait de "La porte de Pierre" :
Après
latmosphère de liesse de la salle commune, la chambre
me parut un havre de paix et de sérénité.
Jamie saffala de tout son long sur le lit en se tenant les
côtes.
Je desserrai mon corselet et massis pour démêler
mes cheveux.
- Tu as de si beaux cheveux, murmura Jamie.
- Tu plaisantes ? dis-je en soulevant une mèche compacte
qui, comme dhabitude, rebiquait en refusant de se laisser
lisser. Ils sont si
bouclés !
- Eh bien oui, et alors ? Au château, jai entendu
une des filles de Dougal se plaindre à une amie quil
lui faudrait friser les siens aux fers pendant au moins trois
heures pour les avoir comme les tiens. Elle disait quelle
taurait volontiers arraché les yeux pour te punir
dêtre aussi jolie sans avoir rien à faire.
Il sapprocha
et tira doucement sur une de mes boucles.
- Ma sur Jenny a les cheveux bouclés, elle aussi,
mais pas autant que les tiens.
- Elle est aussi rousse que toi ?
Il fit non de la tête.
- Elle a les cheveux noirs. Moi, je tiens de ma mère, et
Jenny de mon père. On lappelait Brian Dhu, «
Brian le noir », à cause de ses cheveux et sa barbe.
- Je croyais ce surnom réservé au capitaine Randall,
« Black Jack » ou « Jack le noir ».
Jamie émit un ricanement amer.
- Oui, mais cest à cause de son âme, pas de
ses cheveux.
Il me dévisagea, lair préoccupé.
- Tu es encore inquiète à son sujet ? Tu nas
pas à ten faire, je te le jure. Je te protègerai,
de lui et des autres. Jusquà mon dernier souffle,
mo duinne.
- Mo duinne ? interrogeai-je, légèrement décontenancée
par son ton soudain véhément.
Je ne tenais pas à le voir rendre son dernier souffle pour
moi.
- Ça veut dire « ma brune ».
Il porta la boucle quil tenait jusquà ses lèvres
et y déposa un baiser en me fixant dun regard qui
fit saccélérer mon pouls.
- Ma brune, répéta-t-il doucement. Voilà
longtemps que javais envie de tappeler ainsi.
- Cest une couleur banale, minaudai-je en cherchant à
gagner du temps.
Les émotions affluaient en moi beaucoup trop rapidement
à mon goût.
- Ce nest pas mon avis, Sassenach.
Il passa les deux mains dans ma chevelure.
- On dirait leau dun ruisseau quand elle bouillonne
contre les rochers. Sombre dans les endroits profonds, avec des
reflets dargent là où leffleurent les
rayons de soleil.
Le cur battant, je mécartai pour ramasser le
peigne que javais laissé tomber. En me redressant
je croisai son regard.
- Jai juré de ne pas te poser de questions auxquelles
tu ne voudrais pas répondre, dit-il. Et je my tiendrai.
Mais je ne peux mempêcher de minterroger
Colum pense tu étais une espionne travaillant pour les
Anglais, mais dans ce cas ils auraient envoyé quelquun
comprenant le gaélique. Dougal, lui, pencherait plutôt
pour une espionne française, mais il ne sexplique
pas pourquoi tu étais seule quand on ta trouvée.
- Et toi ? Quen penses-tu ?
- A première vue, tu pourrais être française.
Tu as cette ossature fine des femmes angevines. Mais les Françaises
ont un teint plus olivâtre et tu as une peau dopaline.
Il glissa lentement un doigt le long de mon cou.
Le doigt remonta jusquà mon visage, me caressant
la joue. Je restai immobile sous son inspection. Sa main passa
dans ma nuque, son pouce effleurant le lobe de mon oreille.
- Tu as les yeux dorés. Jai déjà vu
des yeux pareils. Cétaient ceux dun léopard.
Il secoua la tête.
- Non, tu pourrais être française, mais tu ne les
pas.
- Quen sais-tu ?
- Jai longuement parlé avec toi et je tai bien
écoutée. Dougal te croit française parce
quil ta entendue parler en français. Et tu
le parles très bien.
- Merci, rétorquai-je avec sarcasme. Et le fait que je
parle très bien français prouve que je ne suis pas
française ?
Il esquissa un sourire et sa main se resserra sur ma nuque.
- Vous parlez fort bien, madame*, mais pas aussi bien que
moi.
Il me lâcha brusquement.
- Noublie pas que jai passé un an en France,
après avoir quitté le château, puis deux autres
au service de larmée. Le français nest
pas ta langue maternelle, jen mettrais ma main au feu.
Il prit un air songeur
- Espagnole, peut-être ? Mais pourquoi ? Les Highlands ne
présentent aucun intérêt pour lEspagne.
Allemande ? Certainement pas.
Il haussa les épaules avant de reprendre :
- Qui que tu sois, les Anglais donneraient cher pour le savoir.
Ils ne peuvent se permettre davoir des individus suspects
en liberté dans les parages, avec les clans toujours sur
le pied de guerre et Charles-Édouard en train de rassembler
une armée sur les côtes françaises. Leur façon
dinterroger les suspects nest pas plaisante. Je suis
bien placé pour le savoir.
- Et comment peux-tu être si sûr que je ne suis pas
une espionne anglaise ? Dougal la bien cru, lui !
- Cest possible, même si ton anglais est lui aussi
un peu étrange. Mais, si tu létais réellement,
pourquoi aurais-tu accepté de mépouser plutôt
que de retourner auprès des tiens ? Cest une autre
des raisons pour lesquelles Dougal ta forcée à
mépouser , il voulait te mettre à lépreuve.
- Jai passé lépreuve. Quest ce
que ça prouve ?
Il éclata de rire et se laissa tomber à la renverse
sur le lit en se couvrant la tête des bras.
- Je nen sais rien, Sassenach. Je nen sais foutrement
rien ! Je ne trouve aucun explication rationnelle à ta
présence parmi nous. Tu pourrais même appartenir
au peuple des fées et des lutins, pour autant que je sache
!
Il me lança un regard espiègle.
- Non
je ne crois
tu es trop grande.
- Puisque tu ne sais pas qui je suis, tu nas pas peur que
je tassassine pendant ton sommeil ?
Il ne répondit pas, mais un sourire radieux illumina son
visage. Il devait tenir ses yeux des Fraser, pensai-je, car je
navais rien vu de pareil chez les MacKenzie. Ils étaient
profondément enfoncés dans leurs orbites et légèrement
obliques, au point que, au-dessus des pommettes saillantes, ils
semblaient presque bridés.
Il déboutonna sa chemise, découvrant son torse,
et sortit sa dague de sous sa ceinture. Il me la lança
et elle tomba lourdement à mes pieds.
Puis il remit un bras sur ses yeux, pencha la tête en arrière,
me présentant sa pomme dAdam.
- Un coup net, juste là, sous la gorge. Il faut frapper
rapidement et profondément, ça demande un peu de
force. Si tu préfères, tu peux me trancher la gorge,
mais tu risques de salir les draps.
Je me penchais pour ramasser larme.
- Tu aurais lair malin si je le faisais, pauvre cloche !
lâchai-je.
Je vis quil souriait sous son bras.
- Sassenach ?
- Quoi ?
- Je mourrais heureux.
*. En français dans le texte. (N. d. T.)
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