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Résumé
:
"La
petite fille de Cro-Magnon"
Quelque part en Europe, 35 000 ans avant notre ère
Petite fille
de cinq ans, Ayla est séparée de ses parents à
la suite d'un violent tremblement de terre. Elle est recueillie
par une tribu qui l'adopte, non sans réticence, ayant
reconnu en elle la représentante d'une "autre"
espèce, plus évoluée.
Ayla
appartient en effet déjà aux hommes de Cro-Magnon
alors que son clan d'adoption en est encore au stade du Neandertal.
Iza
la guérisseuse, Brun le chef, Mog-ur le sorcier lui enseignent
les règles de la vie communautaire, leurs rites, leurs
peurs, leurs audaces. Mais Ayla, moins velue, plus élancée,
les surprend par sa puissance de raisonnement qui lui permet
de s'adapter, de réagir rapidement et de ne plus être
totalement dépendante de son environnement.
Avec
les années, elle dépasse les autres membres en
taille, en savoir, en détermination. Elle s'oppose souvent
à leurs coutumes, enfreint leurs règles. Le clan
songe alors à la supprimer. Violée par le fils
de Brun, appelé à succéder un jour à
son père, Ayla mettra au monde un garçon dont
l'apparence physique annonce d'ores et déjà l'inéluctable
évolution de l'espèce
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Extrait du 1er chapitre :
L'enfant
nue quitta l'auvent de peaux de bêtes pour courir vers la
crique nichée au creux d'un méandre de la petite
rivière. Elle ne pensa pas à jeter un regard derrière
elle. Rien, depuis qu'elle était venue au monde, n'avait
jamais menacé son refuge et ceux qui le partageaient avec
elle.
Elle
se précipita dans le courant et sentit rouler sous ses
pieds le sable et les galets tapissant le fond qui s'inclinait
rapidement. Elle plongea dans l'eau fraîche, émergea
en soufflant, et nagea d'une brasse vigoureuse vers la rive opposée.
Elle avait appris à nager avant même de savoir marcher
et, à cinq ans, elle se trouvait parfaitement à
l'aise dans l'eau.
La
petite fille joua quelques instants, nageant de-ci de-là,
puis se laissa entraîner par le courant. Lorsque la rivière
commença à s'élargir et ses flots à
bouillonner autour des rochers, elle reprit pied pour gagner le
rivage et se mit en quête de galets. Elle posait une dernière
pierre sur la pile de celles qu'elle avait choisies parce qu'elle
les trouvait particulièrement jolies, quand la terre se
mit à trembler.
L'enfant
vit avec stupeur le caillou dégringoler tout seul et, bouche
bée, regarda vaciller et s'effondrer sa petite pyramide
de galets. Elle s'aperçut seulement alors qu'elle était
elle-même secouée, mais elle en ressentit plus de
confusion que d'appréhension. Elle regarda autour d'elle,
s'efforçant de comprendre pourquoi son univers se trouvait
ainsi, inexplicablement bouleversé. La terre n'était
pas censée bouger.
La
petite rivière qui, l'instant d'avant, coulait paisiblement,
bouillonnait à présent, soulevée par de grosses
vagues qui venaient brutalement frapper la berge, charriant des
cailloux et de la boue. Les buissons qui bordaient le cours d'eau
s'agitèrent comme si quelque force invisible en ébranlait
les racines. En aval, des blocs de roche tressautèrent
de façon surprenante. Plus loin, dans la forêt, les
majestueux conifères se mirent à tituber de manière
grotesque. Près de la rive, un pin géant, sapé
par le déferlement des eaux, s'abattit lentement avec un
craquement sinistre en travers des flots.
La
chute du géant arracha l'enfant à sa stupeur. Elle
sentit sa gorge se nouer et la peur commencer de l'envahir. Elle
essaya de se tenir debout, mais fut projetée à terre,
déséquilibrée par l'étourdissant mouvement
du sol. Elle fit une deuxième tentative, parvint à
se redresser et, chancelante, n'osa faire un pas.
Quand
elle s'aventura enfin en direction de l'auvent de peaux installé
en retrait du cours d'eau, un grondement sourd s'éleva,
éclata en un mugissement terrifiant. Une crevasse déchira
le sol, et il s'en échappa une odeur d'humidité
et de moisi ; on eût dit l'exhalaison nauséabonde
d'un gigantesque bâillement de la terre. La petite fille
resta pétrifiée devant le chaos de rochers et d'arbustes
précipités pêle-mêle dans la faille
qui ne cessait de s'agrandir en un déchirement de cataclysme.
Perché
de l'autre côté de la crevasse, l'abri de peaux de
bêtes vacilla, tandis que le terrain s'éboulait sous
lui. La frêle perche de faîtage vacilla, maintint
un bref instant son aplomb, puis s'effondra et disparut dans le
gouffre, entraînant avec elle l'auvent et tout ce qui se
trouvait à l'intérieur. La petite fille frémit,
les yeux exorbités d'horreur, en voyant le monstre à
l'haleine putride engloutir tout ce qui avait donné du
sens et un sentiment de sécurité aux cinq premières
années de son existence.
-
Maman ! Maamaaan ! cria-t-elle, soudain consciente de ce qui arrivait,
sans savoir vraiment si le cri qui résonnait à ses
oreilles dans le fracas de la terre en convulsion était
bien le sien.
Elle
voulu gagner le bord de la profonde faille, mais une nouvelle
secousse la jeta à terre, et elle s'agrippa de toutes ses
forces afin de résister aux violents soubresauts.
Puis
la faille se referma, le grondement s'évanouit, et la terre
cessa de bouger. Mais la petite fille, allongée à
plat ventre contre le sol humide, continua de trembler de terreur.
Elle
avait des raisons d'avoir peur. Elle était seule au milieu
d'un désert de hautes herbes et de forêts éparses.
Des glaciers enserraient l'horizon au nord. D'immenses troupeaux
d'herbivores, et les carnassiers qui y prélevaient leur
part, peuplaient les vastes plaines, mais les humains y étaient
rares. Elle n'avait nulle part où aller, et personne ne
partirait à sa recherche.
La
terre trembla de nouveau en se tassant et fit entendre un grondement
au plus profond de ses entrailles, comme si elle était
occupée à digérer un repas englouti trop
précipitamment. L'enfant sursauta, terrifiée à
l'idée qu'elle pût s'ouvrir de nouveau. Elle contempla
ce qui restait du site où s'élevait son refuge :
quelques buissons déracinés jonchant le sol dévasté.
Fondant en larmes, elle se précipita vers la rivière
et, secouée de sanglots, elle se recroquevilla au bord
de l'eau.
Mais
les berges détrempées n'offraient aucun abri contre
les éléments déchaînés. une
nouvelle secousse, de plus grande amplitude que la précédente,
ébranla la terre. Le souffle coupé par la vague
d'eau glacée qui vint fouetter sa peau nue, l'enfant bondit.
Il lui fallait fuir ces lieux où la terre s'ouvrait pour
vous engloutir, mais où pouvait elle aller ?
Son
instinct lui dictait de ne pas s'éloigner du cours d'eau,
mais les ronciers qui en bordaient les rives en amont semblaient
impénétrables. A travers son voile de larmes, elle
porta ses regards de l'autre côté, vers la forêt
de grands conifères.
De
minces rayons de soleil filtraient à travers les épais
branchages. Les buissons étaient plutôt rares dans
les sous-bois, mais quelques arbres tombés et d'autres
retenus par ceux qui tenaient encore debout ployaient dangereusement.
La forêt boréale, plongée dans l'obscurité
de cet entrelacs inextricable, n'était guère plus
accueillante que les épais taillis défendant les
rives en amont. En proie aux affres de l'indécision, l'enfant
contempla tour à tour les deux voies qui s'offraient à
elle.
Un
frémissement du sol sous ses pieds, alors qu'elle venait
de se tourner à nouveau vers l'aval, la décida.
Après un dernier regard au paysage dévasté,
avec l'espoir enfantin de voir réapparaître l'abri
de peaux de bêtes, la petite fille s'élança
en direction de la forêt.
Pressée
par les secousses intermittentes, l'enfant nue descendit la rivière
en suivant la berge, ne s'arrêtant que pour se désaltérer.
Son chemin était jonché de conifères arrachés,
et elle devait contourner les cratères laissés par
leurs racines encore chargées de terre grasse et humide.
Dans
la soirée, elle constata que les ravages du tremblement
de terre se faisaient de plus en plus rares, que le nombre des
arbres déracinés avait considérablement décru,
que les blocs de pierre roulés et disloqués obstruaient
moins souvent le passage et que l'eau redevenait limpide. L'enfant
s'arrêta lorsqu'il lui devint impossible de distinguer son
chemin et, harassée, elle s'écroula sur le sol humide.
La marche l'avait réchauffée, mais l'air froid de
la nuit la fit frissonner. Elle se roula en boule et se terra
sous un épais tapis d'aiguilles de pin qu'elle amassa sur
elle afin de se couvrir.
Malgré
son immense fatigue, elle eut bien du mal à trouver le
sommeil. Tant qu'elle avait dû se frayer un chemin à
travers maints obstacles, elle avait pu dominer sa peur. Mais
à présent, celle-ci reprenait son emprise. Les yeux
ouverts, elle voyait l'obscurité s'épaissir tout
autour d'elle. Elle n'osait ni bouger ni même respirer.
Jamais
de sa vie elle n'avait passé la nuit seule, et il y avait
toujours eu un feu pour trouer les ténèbres mystérieuses.
Soudain, elle n'y tint plus et s'abandonna à sa détresse,
le corps agité de sanglots et de hoquets. Alors, épuisée,
elle sombra dans le sommeil. Curieux, un petit animal nocturne
s'approcha d'elle pour la flairer, mais l'enfant ne s'aperçut
de rien.
Elle
se réveilla en hurlant !
La
planète était toujours en effervescence, et un lointain
grondement montant des profondeurs de la terre la plongea dans
une terreur sans nom. Elle se leva d'un bond, prête à
fuir, mais elle avait beau écarquiller les yeux, tout était
noir autour d'elle. Pendant un instant, ne se rappelant plus où
elle se trouvait, elle se demanda avec une folle angoisse pourquoi
elle ne voyait rien. Où étaient les bras aimants
qui avaient toujours été là pour la réconforter
quand un cauchemar la réveillait en sursaut la nuit ? Et
puis, lentement, la mémoire lui revint et, tremblante de
peur et de froid, elle s'enfouit de nouveau dans sa couche d'aiguilles
de pin. L'aube grisaillait quand le sommeil l'emporta à
nouveau.
La
matinée était déjà bien avancée
quand elle ouvrit les yeux, mais l'ombre épaisse du sous-bois
l'empêchait de s'en rendre compte. La veille, elle s'était
écartée de la rivière à la tombée
de la nuit, et un instant la panique la saisit quand elle se vit
entourée d'arbres.
La
soif lui rappela la proximité du cours d'eau qu'elle entendait
cascader. Elle se laissa conduire par le bruit et retrouva la
rivière avec un immense soulagement. Elle était
aussi perdue sur cette rive boueuse que dans la forêt, mais
elle se sentait rassurée de pouvoir suivre une voie toute
tracée qui lui permettait d'étancher sa soif tant
qu'elle la longerait. Si la veille l'eau avait suffit à
la rassasier, il n'en était plus de même à
présent, et la faim commençait à la tarauder.
Elle
savait que certaines plantes ou racines étaient bonnes
à manger, mais elle ignorait lesquelles. La première
feuille qu'elle goûta était amère et lui piqua
la langue. Elle recracha et se rinça la bouche. Cette expérience
malheureuse la rendit hésitante et elle préféra
boire encore un peu pour calmer sa faim, puis elle se remit en
route, en suivant la rive. La pénombre de la forêt
dense lui semblait menaçante, et elle ne tenait pas à
s'écarter de la rivière éclaboussée
de soleil. Quand la nuit tomba, elle ne s'aventura pas plus loin
que la lisière des bois et se terra de nouveau sous une
épaisse couche d'aiguilles de pin.
Sa
deuxième nuit solitaire ne fut qu'une répétition
plus douloureuse encore de la première. La peur et la faim
étaient ses seules compagnes. Sa détresse était
telle qu'elle se mit à chasser de sa mémoire le
souvenir du tremblement de terre et de sa propre existence avant
qu'il ne la bouleverse. Mais elle se garda également de
penser au lendemain si chargé de menaces.
Quand,
au matin, elle se remit en route, elle concentra son attention
sur l'instant, sur le prochain obstacle à franchir, le
prochain affluent à traverser, le prochain tronc d'arbre
abattu à escalader. Suivre la rivière devint un
fin en soi, non parce que cela la conduirait quelque part, mais
parce que c'était pour elle la seule façon de se
donner un but, un objectif, une ligne de conduite. Cela valait
mieux que de rester inactive.
Peu
à peu la faim se transforma en une douleur sourde et obsédante.
Elle pleurait de temps à autre tout en cheminant, et ses
larmes traçaient des sillons brillants sur son visage sale.
Son petit corps nu était maculé de poussière
et de boue, et ses cheveux, autrefois d'un blond soyeux, étaient
tout emmêlés, remplis d'aiguilles de pin, de brindilles
et de terre.
Sa
progression s'avéra plus difficile lorsque la forêt
de conifères fit place à une végétation
plus rase, où dominaient d'épais taillis, de hautes
herbes et des graminées, un sol caractéristique
des zones couvertes d'espèces à petites feuilles
caduques. Il pleuvait par intermittence, et elle se mettait alors
à l'abri d'un tronc d'arbre abattu, d'un gros rocher ou
d'un affleurement en surplomb, quand elle ne continuait pas son
chemin sous la pluie, pataugeant dans la boue. La nuit venue,
elle se fit un lit de feuilles sèches dans lequel elle
se blottit pour dormir.
Les
grandes quantités d'eau qu'elle buvait réduisaient
en l'hydratant le risque d'hypothermie, mais elle était
très affaiblie. Elle ne sentait même plus sa faim,
seulement un tiraillement au creux de l'estomac et, de temps à
autre, quelques vertiges. Elle s'efforça de ne plus y penser,
de ne plus penser à rien, si ce n'est au courant, à
suivre le courant.
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